Photographie de Bertrand de Reynal
Photographie de Bertrand de Reynal. Sous droits

1°) Bertrand de Reynal, vous êtes à l'origine du projet de la base de données intitulée « Esclavage en Martinique ». Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je me nomme Bertrand de Reynal. Je suis né à la Martinique de parents martiniquais. J'ai travaillé essentiellement dans le domaine agricole et la valorisation du patrimoine immobilier familial.

2°) Pouvez-vous nous raconter comment vous avez découvert le fonds Mathieu et entamé son étude ?

Mon intérêt pour la recherche historique est dû à la découverte fortuite et simultanée, il y a quelques décennies, de deux types de documents anciens, un fonds volumineux d’archives privées, économiques et familiales du 19ème et 20ème siècle et un fonds important d’archives notariales du 18ème siècle, inédit et destiné à être irrémédiablement perdu si ce n’avait été la vigilance et la sagacité de son dépositaire, Maître Franck Mathieu. 

Je tiens ici à remercier chaleureusement ce dernier de m’avoir permis d’y avoir accès. J’ai donc décidé d’entreprendre de façon concomitante l’étude de ces deux fonds d’archives importants s’agissant de notre histoire martiniquaise commune et de restituer, au fur et à mesure et sous des formats appropriés, le fruit de mes recherches, à un public le plus large possible, offrant ainsi l’opportunité à tout un chacun d’une connaissance approfondie d’une histoire locale à la fois riche et complexe. 

3°) Pourquoi avez-vous voulu travailler avec la bibliothèque numérique Manioc pour le projet de la base « Esclavage en Martinique » ?

Soucieux de partager le fruit de mon travail, en particulier s’agissant du fonds notarial consistant en plusieurs dizaines de liasses numérotées soit plus de 3200 minutes classées par notaire et par date, j’ai été orienté par le conservateur de la Fondation Clément à qui j’ai exposé mon projet vers Manioc qui, d’emblée, m’a proposé de m’accompagner dans un travail de collaboration en établissant à partir de données brutes que je lui ai fournies une base accessible gratuitement sur Internet. Je tiens ici à les en remercier. Cette base de données s’est imposée à moi comme outil privilégié d’enregistrement d’une masse considérable de données textuelles et chiffrées, extraites directement des actes notariés originaux,  dans l’objectif, à terme, de mettre à disposition une étude statistique globale sur la société martiniquaise au 18ème siècle dans toutes ses composantes, dans leurs interactions ainsi que dans ses évolutions. Sans exiger de compétences particulières, ce long travail de recherche et de mise en forme a exigé de ma part patience et rigueur. L’intérêt de cette étude réside selon moi essentiellement (mais pas que) dans les clés de compréhension qu’elle peut offrir pour mieux appréhender le fonctionnement de notre société créole.

4°) Le volet patrimoine vient enrichir la base déjà en ligne. Pouvez-vous nous dire quel intérêt vous voyez à cette partie ?

Deux bases de données (une sur les actes et une sur les esclaves) avec des interfaces dédiées ont été élaborées et publiées par Manioc en 2019.

Une troisième base de données sur les patrimoines qui concerne essentiellement la population libre, blanche et de couleur (noire et métisse), reliée aux deux précédentes vient compléter le dispositif. Elle a été publiée par Manioc en février 2026.

5°) Comment voyez-vous l'avenir de la base « Esclavage en Martinique » ?

La  base Esclavage en Martinique ouvre des opportunités pour des recherches approfondies sur des sujets spécifiques à partir des sources originales, permettant ainsi des regards croisés et des comparaisons avec d’autres territoires alors français tels que Saint-Domingue (actuellement Haïti), la Guadeloupe, la Guyane, l’Île de la Réunion, mais également avec d’autres de la Caraïbe ou de l’Océan indien. 

Pour terminer, je voudrais partager ici l’émotion que j’ai ressentie tout au long de cette recherche et en particulier lors de la manipulation de ces milliers de pages à l’odeur très caractéristique du papier jauni (à titre anecdotique, c’est à l’odeur que j’ai pu retrouver instantanément dans la salle des archives de l’étude notariale, après un inventaire succinct, une ultime liasse d’actes qui manquait à l’appel) et de découvrir tous ces ancêtres dans la réalité de leur quotidien.

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