Liliane Chauleau (1935 - 2025), archiviste et historienne martiniquaise
Frédéric Vigouroux
En hommage à Liliane Chauleau, disparue le 15 décembre 2025, Manioc revient sur le parcours de la première femme martiniquaise formée comme archiviste-paléographe à l’École des Chartes, qui a œuvré pour la préservation des archives et de la mémoire collective.
Liliane Chauleau est née, le 27 janvier 1935, à Fort-de-France. Fille d’Emmanuel Chauleau, entrepreneur en bâtiment et de Simone Joseph, elle est la deuxième des six enfants du couple (deux filles et quatre garçons). Elle fait sa scolarité au Pensionnat colonial jusqu’en 1953, puis rejoint le Lycée Henri-IV pour préparer le concours de l’École Nationale des Chartes qu’elle est la première martiniquaise à intégrer. Elle en sort archiviste-paléographe en 1961 avec une thèse intitulée : L’Histoire sociale de la Martinique de 1635 à 1715 (publiée sous le même titre aux éditions Ozanne en 1966).
Elle commence sa carrière à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris puis à la Bibliothèque nationale et aux Archives de Paris avant d’être nommée en 1969 comme de directeur des Archives départementales de Martinique, titre qu'elle conserva pendant toute sa carrière.
Le service des archives départementales avait été créé en 1949, à la suite de la loi de départementalisation de 1946. Avant cette date, les archives étaient stockées sans soins ni classement dans les combles du palais du gouverneur. La situation ne s’était cependant pas beaucoup améliorée en vingt ans, puisque qu’à sa prise de fonction comme directeur, Mlle Chauleau trouve les archives encore dans les combles de la préfecture, même si ses prédécesseurs avaient commencé un travail de tri et de classement. Dès l’année suivante, elle supervise le projet et la construction d’un bâtiment pour abriter les archives. Ce bâtiment inauguré en 1975 accueille cette même année la seconde conférence de l’Association des Archives des Antilles.
En parallèle à son action à la tête des Archives départementales, Liliane Chauleau n’a jamais voulu exercer son métier dans une cave ou une tour d’ivoire. Elle a épaulé nombre d’étudiants et de chercheurs, mais aussi raconté l’histoire des Antilles dans ses chroniques radiophoniques dans les années 1970, dans les pages de France-Antilles ou dans les publications d’Émile Désormeaux quelques années plus tard. Elle s’investit aussi dans la Société d’Histoire de la Martinique, qu’elle accueille dans les locaux des archives départementales et dont elle est la secrétaire à partir de 1977 puis la vice-présidente à partir de 1994.
En 1979, elle publie La Vie quotidienne aux Antilles françaises au temps de Victor Schoelcher dans la célèbre collection « La Vie Quotidienne » aux éditions Hachette, qui obtient l’année suivante le prix Eugène Piccard accordée par l’Académie française pour un ouvrage d’histoire moderne ou contemporaine.
En 1983, Liliane Chauleau soutient une thèse de troisième cycle en Histoire sous la direction du professeur Jean Ganiage, l’un des historiens les plus reconnus du fait colonial, à l’Université de Paris IV-Sorbonne intitulée Trois paroisses du Nord de la Martinique à la fin du règne de Louis XIV, consacrée aux communes de Case-Pilote, du Prêcheur et de Basse-Pointe au début du XVIIIe siècle dans laquelle elle reconstitue les familles et le paysage social.
Liliane Chauleau dirige aussi La Révolution aux Caraïbes, avec Jacques de Cauna et Lucien-René Abenon, publié en 1989 chez Nathan dans le cadre des nombreuses publications liées aux festivités du Bicentenaire de la Révolution Française.
Le début des années 1990 est marqué par le projet d’un nouveau bâtiment pour les archives départementales. Le projet en est présenté au XIIIe congrès international des Archives à Pékin en 1996 et il est inauguré en 1998 au Morne Tartenson, où il accueille toujours celles qui sont devenues les Archives territoriales de Martinique. Cette même année, Liliane Chauleau est faite chevalier de la Légion d’honneur.
À sa retraite, en 2000, elle commence des études de théologie afin de mieux appréhender l’histoire religieuse de la Martinique. Un domaine, qui selon elle, a été trop souvent mis à l’écart et qui la poussera à publier en 2013 son dernier ouvrage, La voix des esclaves : foi et société aux Antilles, XVIIe-XIXe siècle (L’Harmattan), continuant ainsi, comme elle le voulait, à « communiquer le savoir et la richesse de notre histoire au grand public dans la quête de la construction de notre identité ».
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